Né en Suisse (1938)
École d’Architecture | École des Beaux-Arts | Genève
Un après-midi, dans la bibliothèque du directeur des Beaux-Arts de Genève, je tombai sur une phrase d’un artiste qui m’était alors inconnu, Michel Seuphor : « L’art existe entre le chant et le cri. »
Cette phrase s’inscrivit immédiatement en moi avec une force et une évidence qui allaient éclairer et transformer toute la suite de ma vie. Sur le moment, j’en fus profondément bouleversé.
Alors que je menais une double activité — doyen de l’École des Beaux-Arts et sculpteur réalisant des œuvres pour des bâtiments publics de la cité genevoise — cette vérité essentielle venait percuter mon existence.
Nous étions en 1968. La formidable onde de choc qui avait ébranlé Paris mit du temps à atteindre la Suisse, mais elle finit par s’y déployer avec une vitalité révolutionnaire qui secoua la vieille École des Beaux-Arts, entraînant une remise en question radicale de ses structures.
En l’absence du directeur, malade, je me retrouvai, à trente ans à peine, confronté à ce bouleversement profond de notre institution. Cette période fut aussi passionnante qu’épuisante. Éreinté, je décidai alors de quitter mes responsabilités pour entreprendre deux années sabbatiques consacrées à un vaste projet d’étude sur les formes de créativité dans les pays capitalistes et les pays communistes.
Ce projet, d’une ambition considérable, allait provoquer en moi un bouleversement intellectuel dont je ne mesurais pas encore l’ampleur.
Sculpture, peinture, dessin, relief, mixed media, art dans l’espace public, gravure, installation, art intégré à l’architecture
– Michel-Ange
Tout comme la poésie, la sculpture ou la peinture, la vie a ses chefs-d'oeuvre précieux.
Oscar Wilde Artiste, écrivain (1854 - 1900)
La sculpture sur bois, art pratiqué depuis la préhistoire, est l’une des plus anciennes formes d’expression artistique humaine. Durant des milliers d’années, les sculpteurs ont perfectionné des techniques qui ont permis la création d’œuvres aussi diverses que fascinantes. L’histoire de cette discipline est riche et variée, influencée par des facteurs culturels et technologiques.
Le béton souvent utilisé pour ses caractéristiques techniques, sa solidité, sa robustesse, a aujourd’hui trouvé sa place et sa noblesse dans le monde de l’art.
Matériau brut et minéral, le béton procure une liberté de création totale. Les formes sont multiples, tout comme les couleurs et les textures.
La sculpture est l’un des arts les plus anciens et les plus puissants, par sa capacité à traduire la complexité de l’expérience humaine en formes tangibles.
Modeler, tailler, assembler ou fondre la matière, c’est donner corps à une idée, à une émotion, à une mémoire collective.
Dans cet art du volume, chaque geste engage à la fois la pensée et la main, le concept et la matière. La sculpture devient alors un langage silencieux, capable de dire ce que les mots peinent à exprimer : la fragilité, la force, la solitude ou la fraternité de l’homme face à lui-même et au monde.
Un après-midi, dans la bibliothèque du directeur des Beaux-Arts de Genève, je tombai sur une phrase d’un artiste qui m’était alors inconnu, Michel Seuphor : « L’art existe entre le chant et le cri. »
Cette phrase s’inscrivit immédiatement en moi avec une force et une évidence qui allaient éclairer et transformer toute la suite de ma vie. Sur le moment, j’en fus profondément bouleversé.
Alors que je menais une double activité — doyen de l’École des Beaux-Arts et sculpteur réalisant des œuvres pour des bâtiments publics de la cité genevoise — cette vérité essentielle venait percuter mon existence.
Nous étions en 1968. La formidable onde de choc qui avait ébranlé Paris mit du temps à atteindre la Suisse, mais elle finit par s’y déployer avec une vitalité révolutionnaire qui secoua la vieille École des Beaux-Arts, entraînant une remise en question radicale de ses structures.
En l’absence du directeur, malade, je me retrouvai, à trente ans à peine, confronté à ce bouleversement profond de notre institution. Cette période fut aussi passionnante qu’épuisante. Éreinté, je décidai alors de quitter mes responsabilités pour entreprendre deux années sabbatiques consacrées à un vaste projet d’étude sur les formes de créativité dans les pays capitalistes et les pays communistes.
Ce projet, d’une ambition considérable, allait provoquer en moi un bouleversement intellectuel dont je ne mesurais pas encore l’ampleur.
Au début du mois d’octobre 1969, j’entrepris un voyage à travers les pays de l’Europe de l’Est. Cette traversée constituait la première étape d’un vaste projet d’étude consacré aux formes de créativité dans les sociétés capitalistes et communistes.
Le départ vers Cracovie me fit traverser l’Autriche puis le Rideau de fer. Les barbelés, la présence des gardes armés, les longues heures d’attente aux frontières et les interminables formalités douanières furent mon premier contact avec cet autre monde.
À mon arrivée en Pologne, je découvris une réalité qui me bouleversa profondément. Les paysages urbains, les constructions récentes déjà dégradées, la pauvreté visible, les magasins presque vides et l’atmosphère générale de sobriété donnaient le sentiment d’un pays vivant encore dans l’ombre de la guerre.
Pourtant, derrière cette austérité apparente, je découvris une vie intellectuelle et artistique d’une intensité remarquable.
Dès mes premiers jours à Cracovie, je fus accueilli chez des amis qui réunissaient autour d’eux universitaires, philosophes, sémioticiens, artistes, affichistes et hommes d’Église. Les conversations se prolongeaient souvent jusqu’à l’aube, portées par une liberté de pensée, une profondeur et une exigence qui me frappèrent durablement.
Ces rencontres furent fondatrices. Elles donnèrent naissance à des liens profonds qui me conduisirent à retourner plusieurs fois en Pologne. J’y fus invité par l’Association des artistes polonais et exposai notamment à Cracovie et à Gdańsk.
Je découvris également la puissance de la création polonaise, particulièrement dans l’art de l’affiche, notamment théâtrale, alors en plein essor. Le travail de grandes figures comme Franciszek Starowieyski, mais aussi celui du théâtre Cricot et de Tadeusz Kantor, que je rencontrai à Cracovie, révélait une liberté formelle et une audace créatrice d’une force exceptionnelle.
Ce voyage me fit découvrir un paradoxe qui ne cessa plus de m’interroger : au cœur d’une réalité matérielle souvent difficile s’exprimait une richesse humaine, intellectuelle et artistique d’une rare intensité. Comme si le manque ouvrait parfois davantage le regard, la conscience et la relation au monde.
À la demande de mes hôtes, je me rendis également à Auschwitz et à Treblinka. Je découvris ces lieux un matin gris et froid. Face à l’indicible, quelque chose bascula en moi.
Dès lors, mon regard sur le monde — et sans doute aussi sur mon propre travail — fut profondément transformé.